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Ce soir, j'ai regardé un navet, en m'alimentant d'un sachet de riz micro-ondable. C'est beau, non?
Demain, je retourne au bâtiment A, 2° étage, couloir de gauche, le couloir de la mort... Assister les condamnés, les prisonniers du sort. Je n'ai pas le droit de me plaindre quand autant de gens souffrent, c'est indécent.
Mes petits problèmes ne sont rien, je les mets de côté, parce que ça me saoule, d'une part, et qu'ensuite, mon énergie sera bien plus utile au service de mes patients.
Je suis parfois fatiguée, j'ai l'impression de devoir toujours me battre, en permanence, contre la maladie, contre la bêtise, contre la méchanceté, contre l'indifférence, contre l'injustice. Un perpétuel combat, une bataille de gagnée, mais une guerre éternelle...
Je me sens sotte quand je me met dans des états pareils, c'est la faute au célibat, on devient un peu con je trouve à la longue (et pourtant ça fait que 8 mois, ça promet...^^). J'ai honte de m'être éloignée de mes idéaux, de mes convictions, je me suis laissée asphyxiée par la médiocrité, en bonne brebis.... Galeuse! Il en faut une!
Je ne peux même pas imaginer faire une activité où je ne m'occuperais pas des autres, je vise pas la cannonisation, mais, c'est chiant de penser qu'à soi! J'ai essayé là, quelques temps, ben, ça m'emmerde en fait, je suis de mauvais poil, je me prend le chou pour rien, les choses prennent des proportions absoluement ridicules, bref, ça sert à rien.
Alors oui, je vais continuer de me mêler de tout, même de ce qui ne me regarde pas, on ne sauve pas les gens malgré eux, c'est un fait, mais tendre la main, ça ne coûte pas grand chose, et ça peut représenter beaucoup.
Je me sens triste, pour rien, juste comme ça. J'étais très très énervée aujourd'hui, mais ça n'en valait pas la peine, il y a des choses contre lesquelles on ne peut rien, et le motif de ma colère en fait partie.
Quand j'étais enfant, je me racontais des histoires dans ma tête pour m'endormir, et je regardais les étoiles à travers les volets entrouverts. J'ai toujours su que c'était des histoires, parce qu'on ne peut pas fermer les yeux sur la réalité, et que parfois, on grandit trop vite. Malgré tout, je continue à me raconter des histoires, parce qu'elles sont jolies, parce que ça coute pas cher, parce que ça ne fait de mal à personne, et parce que ça me fait du bien aussi. C'est une sorte d'échappatoire, et je puise là la faculté de laisser glisser les atrocités, les coups bas, les mesquineries.
Si on met une gifle à quelqu'un, à moins que ce soit Jésus, il va pas nous tendre l'autre joue ou nous faire un bisou.
Bon, j'essaie d'appliquer la contre-théorie, si on fait confiance aux gens, sans conditions, si on les prend d'emblée en un seul morceau, en ne sélectionnant pas seulement ce qui nous va bien ou nous arrange, j'ai espoir que ça fasse ressortir ce qu'il y a de mieux chez eux. Dans la très grande majorité des cas, ça marche. Evidemment, il faut être patient, y'a des coriaces, et on se débarrasse pas comme ça de cette bonne vieille résistance au changement. Mais donner l'opportunité à quelqu'un de sortir de son moule, d'être autre, c'est pas ce qu'on puisse faire de plus beau pour notre prochain? (Je ne suis pas en train d'essayer d'évangéliser Vox!!) Je veux dire, j'ai porté des milliers de casquettes, j'ai eu l'occasion de croiser des personnes qui ont regardé sous la visière, alors à mon tour, je cherche les regards perdus sous les visières.
Des fois, on est déçu, mais c'est pas très grave, il ne faut pas retenir ça, c'est parfois une question de timing, et on a pas tous rendez-vous au même endroit, à la même heure. Après tout, nous ne sommes que des individualités qui essayons tant bien que mal de cohabiter, on cherche des traits d'union. Mon trait d'union aux autres, c'est mon métier, c'est la seule chose que je sache bien faire. J'assume le lot de contraintes livré avec le bébé, je reçois beaucoup de gratitude et de reconnaissance, et ce qui peut se passer dans le regard de quelqu'un c'est indicible, enfin, ça m'apporte beaucoup de douceur, de joie, d'amour (terme générique), et ça me donne envie de redistribuer, ça façonne ma patience, ça me rend meilleure je crois, je me sens tenue à une sorte d'obligation de ligne de conduite. Mais, car il y a toujours un mais, vie privée frisant le néant total. Voilà le prix à payer.
Ca fait sourire dit comme ça, je sais. Je me dois d'être dans l'empathie pour assurer au mieux mon rôle, satisfaire les besoins des personnes dont je prend soin (je plaisante pas, on apprend un modèle de 14 besoins fondamentaux...), bref, avec le temps, l'expérience, j'apprend que la relation d'aide est un point clé de la prise en charge, il est impossible de se contenter d'être une technicienne, ça ne suffit pas, il faut aussi être psychologue, assistante sociale, et parfois Madame Irma.. (j'exagère à peine..). Mais sur le papier, c'est beau d'être dans l'empathie, ah ça mon vieux, oui, ça fait pleurer dans les chaumières même! Mais en vrai, ça se passe pas comme ça! On est pas empathique parce qu'on en a envie, ça se travaille.
Je suis passée du trop où je rentrais en larmes chez moi, systématiquement, à cause d'un décès , d'une réflexion, de trop de stress, de la pluie, et du journal télévisé (sérieux, j'étais la fontaine Wallace..), je faisais des cauchemards, je rêvais des traitements, je partais bosser la boule au ventre, bref, le bonheur sur terre, sauf qu'on devient vite l'ombre de soi-même (mais comment faisait Mère Thérésa??? Là est la question...). Par un sursaut de survie, je suis passé dans le pas assez, je faisais mon soin, et je me cassais, je regardais l'heure pour pas partir une minute en retard, ça me saoulait d'attendre la relève, bref, je me suis autovérouillée soigneusement, jusqu'à ne plus rien ressentir du tout, ah oui, ça marche, mais un jour, on se rend compte qu'on évite de se regarder dans les miroirs... Entre temps, c'est banzai à la maison, on est imbuvable..^^ Enfin, on trouve un juste milieu: je vis à fond mon truc, quand j'y suis, et je laisse mon auréole de nonne au vestiaire, et surtout, j'ai arrété de vouloir expliquer aux gens ce que je vis, ils s'en foutent, et ils ne comprennent pas, ça leur fait peur. Quand je suis rattrappée par un élan stupide de tendresse pour quelqu'un, juste parce que ce jour-là, j'ai tenu la main de quelqu'un de mon âge qui mourrait et que j'ai envie d'aller me faire tatouer sur tout le corps "Time is so precious", jeme heurte forcément à des murs infranchissables d'incompréhension, c'est normal, je commence à l'accepter. Ca s'appelle l'empirisme, on ne peut pas communiquer à quelqu'un d'autre la leçon qu'on a tiré d'une expérience, avec tout ce que cela implique de personnel dans le vécu et le ressenti.
Preuve en est cette immense note où finalement, une fois de plus, je me parle à moi-même, vous voyez le problème si vous êtes parvenu jusqu'ici? Voilà ce qui occupe mon esprit, tout le temps: les relations avec les autres,de quelque nature que ce soit. Je voudrais tellement faire au mieux, en toutes circonstances. J'aime trop les gens.
Après une nuit un peu agitée, je me sens bien mieux. Je pense tout ce que j'ai écrit à ce moment là, mais en version moins mélo du théâtre grec antique.
Aujourd'hui, en ce jour du premier mai, il fait gris, et je ne sais pas pourquoi, je repense à l'amour, en général. D'aventures en désillusions, cet aspect de ma vie est réduit à une petite chose assez insignifiante. Mais c'est quand même là, en stand-by, mais présent.
J'ai essayé de déterminer ce que j'en attends, à quoi j'aspire sentimentalement parlant. Parfois, je me dis que c'est uber useless, que je vais laisser tomber, et me contenter d'aventures sans lendemains qui ne me prendront pas la tête. Mais "it's just an illusion", on parle de relations humaines, et même une aventure sans lendemain ça peut prendre la tête. Alors quoi?
Rien de compliqué, tomber amoureuse, être l'amoureuse de quelqu'un. Ne pas s'étouffer. Se respecter. Partager des choses, des idées, des blagues pourries, des projets . Et no prise de tête, ça c'est le plus dur, je le sais bien. Mais par dessus tout, ce qui me saoûle vraiment, c'est les rapports de force. Ca pèse dix huit tonnes de devoir tout le temps tout calculer, la moindre parole, le moindre geste, la façon de s'habiller, etc... Ca tient parfois à si peu de choses.
J'ai l'abominable défaut (car c'en est un) de m'accrocher aux bad boys. Les gentils, j'ai essayé, je ne peux pas, pas que je ne veux pas, c'est juste pas dans ma nature. Donc, pour reprendre, je souhaite vivre une love story sans prise de tête ni rapport de force avec un bad boy, là, forcément, y'a maldonne quelque part, vous voyez ce que je veux dire?...
Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, je ne cours, ni ne cherche à tout prix un bad boy, non, c'est juste que je suis attirée par ce genre de mecs, quoique j 'en dise. Et puis de toute façon, à ma façon, j'ai un sacré petit caractère bien trempé, je suis une vraie chieuse et capricieuse, j'ai horreur qu'on me fasse de la résistance, j'avoue... J'aime les hommes imparfaits, ils sont attendrissants. Le problème, c'est qu'ils sont aussi souvent obtus et enfermés dans un raisonnement qui se mord la queue. Mais un bad boy ça s'attendrit, la preuve, j'en ai eu un pendant des années, bad boy avec moi, comme j'aime, et puis pfiout, une fois que je l'ai bien attendri, il est parti faire le Roberto love-love avec une autre... Alors, j'ai bon espoir, je trouverais un jour un bad boy qui lui aussi fera le Roberto avec moi. Enfin j'espère...
Le seul problème, c'est que ce qui , à mes yeux, fait de moi une personne estimable, je parle de mon métier, et bien ça n'intéresse personne, enfin pas grand monde. Oh bien sûr les gens trouvent ça super génial, c'est beau ce que je fais et gnagnagna, mais on ne me pose jamais de questions. Et comme je renvoie une image maternante (oui, je suis une nurse, je soigne et panse les blessures..), les mecs me racontent leurs vies, mais se moquent éperduement de la mienne. C'est fini, STOP, no way!! Plus d'unilatéralité, de sens unique, de psychothérapie de pacotille. Je n'aime pas ça, mais j'y suis contrainte, ça va devenir donnant-donnant. Certains diront que je suis trop gentille, c'est faux, on est jamais assez gentil, mais on peut être trop conne, comme moi.
Un bon copain me répète souvent "les mecs sont tous des gros batards, t'as raison", faux, erreur, rien à voir, hors sujet. J'ai croisé de vrais connards, heureusement peu, la plupart des hommes sont juste plus égoïstes que les femmes, en règle générale. Et les femmes sont plus sacrificielles que les hommes. Forcément, on en vient à des abherations du genre "avec tout ce que j'ai fait pour toi, tu es ingrat, égoïste!!!" et l'homme de nous répondre "mais je ne t'ai rien demandé!!", ce qui est malheureusement vrai, c'est là le drame, mais ça ne fait pas de ces messieurs des batards (enfin pas de tous), c'est un peu trop rapide comme raccourci, chacun sa responsabilité dans l'échec.
Ce qui est par-dessus tout agaçant, c'est que je cerne plutôt bien les gens, je comprend les rapports humains, les enjeux, les moments clés où tout se joue (normal, ca fait un peu partie de mon boulot), je suis d'ailleurs d'assez bon conseil pour les autres, mais pour moi, mais pff, mort de rire!! Une vrai quiche!! Incapable de m'appliquer tout ça, je fais exactement tout le contraire de ce qui serait bon, je perds mes moyens, je dis n'importe quoi, je deviens cassante et glaçiaire, ou a contrario trop à la guimauve sauce bisounours. J'ai fait croire à des mecs dont je me moquais complètement que j'étais folle d'eux, et à d'autres qui me troublaient sérieusement que je n'en avais rien à cirer. Total: ben je suis seule... Bien fait, ma cocotte...
En conclusion, je comprend qu'il ne sert à rien de vouloir intriguer, être franche, directe et rester simple, c'est encore le meilleur moyen pour ne pas passer à côté de belles choses, c'est ce que je me dis. Mais bon, la différence, c'est que je n'espère pas à tout prix rencontrer quelqu'un, si ça vient tant mieux, sinon, c'est pas très grave, c'est la vie. Mais j'arrête les relations nuisibles, je suis trop grande pour ça, j'ai passé un cap ;)