J'avais pleins de choses à faire ce matin, mais je me laisse porter par la douceur de vivre qui m'habite depuis hier. Je navigue sur Vox, je poste, je dis bonjour à mes copines, et je lis le dernier post de Megaloandco.
Et ce que je sentais venir depuis quelques jours se fait jour tout à coup...
J'ai suivi Urgences depuis le début, j'ai une passion pour cette série, pas toujours très en accord avec la réalité, mais quand même! Elle me rappelle d'excellents souvenirs: mes années d'études! La soif d'apprendre, la joie de découvrir le fonctionnement du corps humain, une curiosité jamais satisfaite, l'envie de faire encore et encore des soins, prise de sang, pose de cathlons, pose de sonde à demeure, de sonde gastrique, ablation de redon, de crin de florence, méchage de plaie, pansements divers et variés, gazométrie, électrocardiogramme, extubation, manipuler les flacons, les fioles, préparer des potions de vie, prendre des rendez-vous d'examen, être le lien des divers acteurs, faire le tampon entre famille, patients, corps médical, surveiller l'état des patients, détecter les premiers signes de complication, m'assurer de l'efficacité et de l'innocuité des thérapeutiques mises en oeuvre, bref.... Vous l'aurez compris, j'ai une passion folle pour mon métier. Etudiante, c'en était presque obsessionnel, j'enregistrais tous les documentaires sur la question (j'ai eu un vif succès lors du module de traumato, j'avais réussi à enregistrer un documentaire sur Arte à une heure indue "Le bras de Gérard" qui traitait de la réimplantation d'un membre...lol), j'étais abonnée à diverses revues professionnelles (encore aujourd'hui d'ailleurs...), je lisais tout ce qui s'écrivait sur ma future profession, sur le régime de Sécurité Sociale, sur les politiques de santé, sur l'euthanasie, etc...
Et bien sûr, j'ai été friande dès la première heure des séries médicales en tout genre! J'y retrouve l'ambiance qui m'est si chère. Alors pour sûr, c'est un monde à part, un peu aseptisé, qui effraie souvent, la mesquinerie, l'hypocrisie, les rivalités n'en sont pas exclus, hélas. Mais j'aime mon uniforme blanc, et ce qu'il représente. J'aime mon "ciseau à bout mousse" et ma "pince de Kocher". J'aime mon badge et mon garrot à clip. J'aime le terme "infirmière diplômée d'état" écrit sous mon nom. J'ai aimé travailler en intérim dès l'obtention de mon diplôme, j'ai eu l'occasion de voir, de faire et d'apprendre énormément de choses, de rencontrer beaucoup de gens formidables également, patients, et collègues. J'aime ces couloirs interminables, j'aime l'acier des chariots de soins, j'aime le blanc immaculé des paillasses, j'aime le bruit de mes sabots Scholl sur le lino vert caca d'oie et par dessus tout, j'aime l'étincelle dans les yeux des personnes dont je prend soin. Ce n'est pas une sinécure, ou une vocation ou un don de soi, c'est juste un métier qu'on fait nécessairement par passion, à mon sens. La passion des autres.
Je n'ai pas la même vision des choses que la plupart des gens de mon âge, j'ai vieilli prématurément. A 18 ans, j'ai abandonné mon insouciance à la porte de l'hôpital. J'ai décidé de me mêler de la vie des autres. Ce fut douloureux, passionnant, déstabilisant, fragilisant, gratifiant. J'avais soif de partager avec mon entourage ce que je vivais, mais ça ne se partage pas. Je l'ai compris. Nous sommes gardien(ne)s de la misère humaine, des travers du genre, des cristallisations de société, les matons de toutes les douleurs, de toutes les injustices, de tous les secrets. Les années passent, le pays est en crise, nous travaillons à flux tendu, épiant l'arrivée du
burning out tant redouté des soignants. Aimés des gens, pas reconnus par l'Etat. Une expertise prouvée, mais non mise en valeur, pas de passerelles universitaires, une maigre reconnaissance du cursus d'études, des salaires en désaccord avec les responsabilités assumées. Mais nous continuons, pour le pire et nous l'espérons le meilleur. Bien que perfectible, parfois faillible, notre système de santé est un des meilleurs, il faut protéger le service public.
De guerre lasse, je pensais ne plus avoir "foi" en ce que je faisais. Et si je me trompais? Le fait de déménager sur Paris, d'être à nouveau à la recherche d'emploi m'offre l'opportunité de donner un nouveau souffle à l'amour de mon métier. Envie de me replonger dans les services d'urgences et de réanimation, de veiller sur ces étincelles fragiles de vie suspendue. J'ai toujours adoré ça, mais le niveau de stress généré par ce type de spécialité est parfois difficilement gérable. Je m'étais orientée vers l'oncologie pour revenir à plus de parole, de relation d'aide, d'éducation à la santé. J'ai beaucoup appris, y compris sur moi-même. J'ai grandi entre temps, j'ai traversé d'autres épreuves dans ma privée. Le bout du tunnel approche, et je me sens forte. Je reviens à mon projet proffessionnel initial: faire la formation d'infirmière anésthésiste. J'ai postulé dans des services de réa, urgences et salles de réveil sur Pompidou, Bichat et Cochin pour le moment, on verra bien. J'ai peut-être encore des choses à faire dans ce métier, puisque mes motivations ont évolué, et moi avec. Rien ne m'empêche de m'épanouir autrement au dehors. Bref, j'y pense, j'y songe, et je suis très heureuse... :)
Comments
Et Garches ??? (excellent SMUR ...)
En pleine crise d'avatar ? chimio, NFS, Gaz du sang, on charge à 300, on dégage tu fais quoi ce soir, Georges ?,
- Alors, vous l'avez réussie votre soupe au potiron ?!
- Non seulement, je vous ai mis une dose anormalement élevé par rapport à votre poids, mais en plus vous m'avez entendu discuter avec ma collègue ?!
(Encore une qui croyait endormir facilement un aventurier....)
Sinon, belle note ! J'aime les gens qui s'investissent corps et âme dans leur profession. Moi aussi je suis un passionné de mon métier (ou de mes métiers) : il faudrait que je fasse un blog rien que pour ça !!)