Dans une bulle
Depuis 24 heures, le ciel pleure. D'habitude, je suis déprimée par la pluie, mais là, non. J'aime cette couleur délavée qui se reflète dans les flaques. Il y a dans cette beauté mélancolique un écho à ma rage de vivre.
J'ai vécu une journée bien ordinaire, empreinte d'échanges, de mots, de non-dits. J'ai serré une épaule, j'ai recueilli la peine d'une veuve, j'ai "logistiqué" la mort, comme tous les autres jours...
Une visite imprévue très tard, un ami, pourquoi revient-il dans ma vie? Un coup de fil, non, plusieurs coups de fil, comme un feuilleton en plusieurs épisodes, heureusement, c'était une happy end.
Je cultive les petits plaisirs solitaires, je nourris toujours de secrets rêves enfantins, je fais la paix. Moins besoin de paraitre, être, tout simplement. Jusqu'à quand? Souvent rattrappée par ce désir aliénant de plaire, à n'importe quel prix. Une empathie parfois pesante, étouffante.
Envie de tellement de choses, mais plus tellement envie de les étaler, besoin de les protéger surtout. Trouver une forme de confession qui soulage, tout en restant pudique. Lever un coin de voile, et le laisser retomber doucement, emporté par le poids du silence.
Impressions, interprétations, devinettes, faits. Considérations quelques peu inutiles, mais tout n'a pas besoin d'avoir un sens pour avoir droit de citer. Pensées utopiques, ça oxygène le coeur et l'âme. Le plus beau film, il est en projection privée, et j'en réinvente à l'infini les acteurs, les dénouements, la fin.
Plaisir fou du goût des choses, délice de conscientiser son accès au bonheur, jouissance du questionnement sain et constructif. Tout est une question d'état d'esprit et de vision des faits, l'angle de vue détermine le genre, induit les conséquences. Facteur chance. Vecteur destin. Un seul dénominateur: l'envie d'avoir envie.
Chaque jour est une page vierge où écrire l'histoire. Chaque jour permet de rectifier les glissades et les ratures. Chaque jour est un don, acquis aux combattants, inné aux vivants. Chaque jour invente demain et embellit aujourd'hui.
Petits grains de sable qui gravitons en une danse harmonieuse, l'effet papillon fait d'une rencontre une issue de secours, d'un événement un déclencheur, d'une vie une réussite, d'une anecdote un grand bonheur.
Si tout simplement rien n'arrive au hasard, si les épreuves, les échecs, les rendez-vous manqués, si toutes ces choses ont un sens pour permettre d'accéder à quelque chose de plus vrai, de plus profond, de plus intime. Si on est destiné à donner le meilleur de nous-mêmes, sous réserve d'accepter la bataille, d'en tirer des leçons, de se plier aux règles tout en faisant preuve d'imagination et d'audace pour inventer des solutions, pour oser y croire et mettre le facteur chance de son côté.
S'inscrire dans une dynamique positive permet de renouveller son énergie, de relancer le moteur, de se concentrer et de délaisser les ersatz. Victoire sur soi.
Je reçois avec joie ce qui m'est offert, même éphémère. Je remercie pour ce qui m'est offert. Je ne cherche plus à passer en force, je survole et me pose quand on m'y invite, sinon, je continue mon voyage. Je ne me retourne pas, on ne peut être et avoir été. Ne jamais regretter, rien. Se nourrir de doux souvenirs, les carresser du bout des rêves, délicatement, sans trop s'y attarder. Porter son regard sur la ligne d'horizon, et aimer l'inconnu. S'exposer au danger, comprendre qu'on court des risques finalement modérés, et que le danger n'est pas ce que l'on croyait.
J'aime les gens qui habitent ma vie. Ceux qui la squattent sans crier gare. Ceux qui en prennent soin avec amour et bienveillance. Ceux qui y affichent des photos ternies de temps révolus. Ceux qui la réforment malgré moi. Ceux qui se défendent d'en faire partie. Ceux qui s'y incrustent avec plaisir. Ceux qui font de moi ce que je suis. Ceux sans qui on est rien ni personne.
Une vive émotion nait de ces quelques phrases jetées au gré d'association d'idées. Laisser parler son coeur, c'est assez surprenant, découvrir ce qui s'y cache, qu'on a parfois du mal à expliquer, un sentiment confus de bien-être, à cause de rien en particulier, au regard de tout en général. Liberté d'aimer, liberté de ton, liberté de parole.
La boucle est bouclée. Je poursuis l'arabesque d'une vie sans écueils, mais pleine de passion.
Comments
Etrange et lourde pluie qui redonne vie à la garrigue ... et panique la ville inadaptée à ces torrents ...eau qui rentre dans les nus pieds, imperméable pas assez respirant qui colle à la peau ... brushing qui pend sur le front et l'oreille ... refus de la pluie ... de son abondance ...
J'ai définitivement choisi les escarpins vernis de toutes les couleurs et qui ne prennent jamais l'eau, les collants légers, les jupes courtes, l'imper aux chevilles et les cheveux à la sauvage .... il peut pleuvoir sur la grand route ... j'aime ce monde rétréçi à lui-même qui s'encoconne derrière ses rideaux de pluie ...j'aime la promesse de l'eau ... ces gouttes fragiles sur les herbes de mai ... la chanson des essuie-glace ...
Bises
Alors qu'ils sont surbookés, sur la brêche en permanence, les personnels hospitaliers trouvent toujours un moment pour compatir à la détresse de leurs patients et de leurs familles. J'ai le souvenir de trois infirmières et d'un docteur qui ont été des soutiens inestimables avant, pendant et après le moment inéluctable. Je les ai remercié personnellement, avec sincérité. Moments inoubliables que ces instants passés avec des gens qui donnent sans rien attendre en retour.
Merci.